Enlèvement de Mia : le procès de Rémy Daillet s’ouvre cinq ans après l’affaire vosgienne
Cinq ans après l’enlèvement de Mia aux Poulières, dans les Vosges, Rémy Daillet et quatorze autres prévenus sont jugés à Paris. Ouvert mardi 15 septembre, le procès dépasse largement le rapt de la fillette : l’accusation reproche à plusieurs membres du groupe d’avoir préparé un projet de coup d’État baptisé « Azur ».
Une affaire qui avait débuté dans un petit village vosgien revient devant la justice cinq ans plus tard. Le procès de Rémy Daillet et de quatorze autres personnes s’est ouvert mardi 15 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris.
Seul prévenu actuellement détenu, l’ancien youtubeur conspirationniste de 60 ans comparaît notamment pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme. Le procès doit se poursuivre jusqu’au 9 octobre.
Mia enlevée aux Poulières en avril 2021
C’est avec l’enlèvement de Mia que le groupe constitué autour de Rémy Daillet est sorti de la clandestinité. Le 13 avril 2021, la fillette, alors âgée de 8 ans, avait été enlevée au domicile de sa grand-mère aux Poulières, dans les Vosges.
Mia avait été confiée à sa grand-mère par la justice. Plusieurs hommes s’étaient présentés au domicile en se faisant passer pour des professionnels chargés de la protection de l’enfance avant d’emmener l’enfant. La fillette avait ensuite été remise à sa mère, Lola Montemaggi.
L’affaire avait entraîné le déclenchement du dispositif Alerte enlèvement et une importante mobilisation des forces de l’ordre. Mia avait finalement été retrouvée cinq jours plus tard avec sa mère dans un squat en Suisse.
Lola Montemaggi, aujourd’hui âgée de 33 ans, est la seule femme parmi les quinze prévenus. Elle comparaît pour complicité de séquestration et soustraction d’un mineur par ascendant. Elle n’est pas poursuivie pour les faits de nature terroriste reprochés à plusieurs autres prévenus.
L’enlèvement présenté comme un « entraînement »
Pour l’accusation, l’enlèvement de Mia n’était pas une opération isolée. Il aurait notamment servi d’entraînement à certains membres du groupe avant un projet de plus grande ampleur visant à renverser le gouvernement, baptisé « Azur ».
Rémy Daillet, ancien cadre du MoDem installé à l’époque en Malaisie, diffusait ses idées sur une chaîne YouTube qui comptait environ 35 000 abonnés. Il y prônait notamment l’instauration d’un « État fort » et le renversement du gouvernement.
L’accusation le soupçonne d’avoir structuré, à partir de l’automne 2020, un réseau clandestin et hiérarchisé d’ultradroite. Autour de lui se trouvaient des profils très différents : militaires ou anciens militaires, professeur, intermittent du spectacle ou encore coach sportif. La plupart étaient jusque-là inconnus des services de police.
Des attaques et d’autres enlèvements envisagés
Le dossier examiné par le tribunal ne se limite pas au projet « Azur » et à l’enlèvement de Mia. Selon l’accusation, plusieurs objectifs étaient gérés de manière cloisonnée au sein de la structure.
Les investigations ont notamment porté sur des projets d’attaques contre des loges maçonniques, des opérations visant à reprendre des enfants placés à leurs familles, qualifiées de « restitutions » par le groupe, ou encore la prise de contrôle d’organes de presse.
Des personnalités publiques auraient également été ciblées. Le dossier cite notamment Jacques Attali et l’ancien Premier ministre Édouard Philippe, ainsi que des journalistes et des magistrats.
Deux incendies d’antennes-relais 5G commis début 2021 près d’Aix-en-Provence et de Lyon figurent également dans le dossier. Selon l’accusation, ces actes de sabotage auraient servi d’entraînement.
Rémy Daillet demande sa remise en liberté
La première journée d’audience a notamment été marquée par une demande de remise en liberté de Rémy Daillet, seul des quinze prévenus à comparaître détenu. Le tribunal l’a rejetée.
Son contrôle judiciaire avait été révoqué le 22 août après plusieurs manquements à ses obligations, notamment l’interdiction de quitter le Tarn. Devant le tribunal, Rémy Daillet a reconnu une « escapade en Provence » durant l’été. Le Parquet national antiterroriste s’est opposé à sa remise en liberté.
Les quatorze autres prévenus, âgés de 28 à 74 ans, ont ensuite défilé à la barre pour décliner leur identité et leur profession. Professeur de physique-chimie, ancien militaire, technicien en chauffage, pianiste-chanteur ou encore coach sportif : des profils très différents se retrouvent dans le box ou devant le tribunal.
Lola Montemaggi était également présente. Au moment de se présenter à la barre, la mère de Mia a indiqué ne pas se sentir bien et avoir le cœur qui s’emballait. Son interrogatoire est prévu jeudi.
Des vidéos de Rémy Daillet diffusées à l’audience
Cette première journée a également permis au tribunal de commencer à examiner l’univers idéologique dans lequel l’accusation situe la constitution du groupe.
Trois vidéos de Rémy Daillet, enregistrées lorsqu’il vivait en Malaisie, ont été diffusées à l’audience. L’ancien youtubeur y développait notamment son projet de renversement du gouvernement.
Rémy Daillet doit être interrogé plus tard au cours du procès sur le fond des faits qui lui sont reprochés. D’ici là, le tribunal doit examiner le parcours et le rôle des différents prévenus.
Le procès est prévu jusqu’au 9 octobre.
Crédit photo : JEAN-FRANCOIS BADIAS / AP

Laissez nous un commentaire